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Nettoyage et hygiène en cuisine professionnelle : le plan de nettoyage et la méthode TACT

L’efficacité d’un nettoyage repose sur quatre facteurs — Température, Action mécanique, Concentration, Temps — qui se compensent entre eux : diminuer l’un oblige à augmenter les autres. Le plan de nettoyage fixe pour chaque surface le produit, la dose, la durée de contact et la fréquence.

Quatre facteurs qui se compensent, et un plan qui les fixe.

Le nettoyage d’une cuisine professionnelle se fait en deux temps : un détergent enlève les salissures, puis un désinfectant détruit les micro-organismes. Le tout suit un plan écrit qui dit, pour chaque surface, quoi nettoyer, avec quel produit, comment, à quelle fréquence et par qui. Le règlement (CE) n° 852/2004 impose que les équipements en contact avec les aliments soient nettoyés et, le cas échéant, désinfectés « à une fréquence suffisante pour éviter tout risque de contamination ».

Ce plan fait partie des bonnes pratiques d’hygiène et du plan de maîtrise sanitaire. C’est aussi l’un des documents à présenter lors d’un contrôle.

Comment nettoyer une cuisine professionnelle : le protocole en 5 étapes

La Commission européenne décrit les étapes types dans sa communication 2022/C 355/01 :

1. Retirer les salissures visibles : restes, déchets, dépôts.

2. Nettoyer avec un détergent, qui décolle les graisses et la matière organique.

3. Rincer.

4. Désinfecter, en respectant la concentration et le temps de contact du produit.

5. Rincer à nouveau.

Certains désinfectants pour surfaces alimentaires s’emploient sans rinçage : leur étiquette l’indique. Sinon, ce dernier rinçage se fait à l’eau potable.

Deux règles d’organisation complètent ce protocole. Le nettoyage commence par les zones à haut risque et finit par les zones à faible risque. Et le matériel de nettoyage diffère entre zones à haut et à bas risque : une lavette qui a servi près des poubelles ne passe jamais sur un plan de travail. Attention aussi aux éclaboussures : rincer une surface peut recontaminer celle que l’on vient de désinfecter.

La méthode TACT : quatre facteurs qui se compensent

L’efficacité d’un nettoyage dépend de quatre facteurs, que l’on résume en cuisine par TACT :

  • Température : l’eau chaude décolle et dissout mieux les graisses.
  • Action mécanique : le frottement, la pression, le passage de la brosse.
  • Concentration : la dose de produit indiquée par le fabricant. Surdoser ne nettoie pas mieux et laisse un film chimique sur la surface.
  • Temps : la durée de contact. Un désinfectant rincé au bout de 30 secondes n’a pas eu le temps d’agir.

Ces facteurs se compensent. Si l’eau est froide, il faut frotter plus ou laisser agir plus longtemps. Si une zone est difficile à frotter, le temps de contact doit augmenter. Le principe a un nom : le cercle de Sinner, proposé en 1959 par le chimiste Herbert Sinner, qui travaillait alors pour Henkel.

Détergent puis désinfectant, dans cet ordre

Les deux produits n’ont pas le même rôle. Le détergent décolle les salissures et la matière organique. Le désinfectant détruit les micro-organismes. Appliqué sur une surface encore sale, un désinfectant perd l’essentiel de son efficacité : la matière organique freine son action.

Quelques règles pour les produits :

  • Utilisez des produits adaptés aux surfaces en contact avec les aliments. Les autres ne s’emploient qu’en dehors des périodes de production.
  • Respectez les instructions du fabricant : dilution, température de l’eau, temps de contact, rinçage.
  • Gardez à disposition les fiches techniques : mode d’emploi, principe actif, temps de contact, concentration.
  • Stockez les produits hors des zones où l’on manipule les denrées. C’est une obligation du règlement 852/2004.

Et les produits 2 en 1 ?

Les détergents-désinfectants font les deux en un seul passage. Les utiliser n’est pas une infraction : le règlement exige des équipements nettoyés et, le cas échéant, désinfectés, sans imposer deux produits distincts.

En pratique, un 2 en 1 convient pour un passage en cours de service sur une surface peu sale, à condition de respecter sa dose et son temps de contact. En fin de service, ou sur une surface grasse ou très chargée, revenez aux deux étapes séparées : le détergent d’abord, le désinfectant ensuite.

Lire l’étiquette d’un désinfectant

Un désinfectant est un produit biocide. Son étiquette doit indiquer les utilisations pour lesquelles il est autorisé, ses instructions d’emploi et sa dose (règlement (UE) n° 528/2012, article 69). Trois points se vérifient en quelques secondes :

  • L’usage en cuisine. Cherchez le type de produits 4 (TP4), celui des désinfectants pour les surfaces en contact avec les denrées alimentaires.
  • Les normes d’efficacité. EN 1276 : activité bactéricide, mesurée en suspension. EN 13697 : activité bactéricide et/ou fongicide, mesurée sur une surface. EN 1650 : activité fongicide ou levuricide. EN 14476 : activité virucide.
  • Le mode d’emploi : dilution, temps de contact, rinçage ou non.

La mention virucide mérite qu’on s’y arrête. Le norovirus est la principale cause de gastro-entérite aiguë en France et provoque une épidémie chaque hiver (Anses). Un salarié infecté peut le transmettre aux aliments, parfois sans symptômes : c’est le sujet de notre page intoxication alimentaire ou gastro. Un désinfectant seulement bactéricide ne revendique aucune efficacité contre lui.

Les essais de la norme EN 14476 incluent le norovirus murin, le substitut que l’Anses décrit comme le plus résistant aux traitements chimiques. En cas de gastro-entérite dans l’équipe ou de TIAC suspectée, choisissez un désinfectant virucide : c’est ce que recommande le Haut Conseil de la santé publique pour les épidémies en Ehpad.

Le plan de nettoyage : une trame à adapter

Le plan de nettoyage répond, surface par surface, à quatre questions : quoi, avec quoi, comment, à quelle fréquence. Il désigne aussi qui s’en charge. La liste des produits achetés n’en tient pas lieu. Un plan qui se contente d’un nettoyer la chambre froide chaque semaine, sans produit, sans dose ni méthode, n’est pas applicable et ne prouve rien.

Trame de plan de nettoyage : un point de départ à adapter à l’établissement
Zone ou équipementFréquenceProduit et doseMéthodeResponsableÉmargement
Plans de travail, planches à découper, ustensilesEntre chaque manipulation, en cours de productionDétergent, puis désinfectant contact alimentaire, dose du fabricant5 étapes, temps de contact respectéÀ compléter par l’établissementFiche datée et signée
Surfaces de présentation, vaisselle, couvertsAvant chaque serviceSelon la fiche techniqueLave-vaisselle ou 5 étapesÀ compléter par l’établissementFiche datée et signée
Enceintes froidesÀ compléter par l’établissementSelon la fiche techniqueVider, puis protocole en 5 étapesÀ compléter par l’établissementFiche datée et signée
SolsÀ compléter par l’établissementSelon la fiche techniqueSans balayage à secÀ compléter par l’établissementFiche datée et signée
Hottes et filtresFiltres : au moins une fois par semaine en ERP (article GC 21). Circuit d’extraction : chaque fois que nécessaireDégraissant, selon la fiche techniqueFiltres démontés et dégraissés ; conduits par une entreprise spécialiséeÀ compléter par l’établissementFiche d’entretien des hottes et extracteurs
Poubelles et local poubellesVidage très régulier ; lavage : À compléter par l’établissementSelon la fiche techniqueVider, puis protocole en 5 étapes, couvercle et pédale comprisÀ compléter par l’établissementFiche datée et signée
Lave-mainsÀ compléter par l’établissementSelon la fiche techniqueVasque, robinet, distributeurs de savon et de papierÀ compléter par l’établissementFiche datée et signée
Points de contact : poignées, interrupteurs, écrans de caisseÀ compléter par l’établissement, renforcée en cas de gastro-entérite dans l’équipeDésinfectant virucide (EN 14476), selon la fiche techniquePassage au papier à usage unique, temps de contact respectéÀ compléter par l’établissementFiche datée et signée

Cette trame est un point de départ. Les fréquences dépendent de l’activité, du volume et des produits travaillés : c’est à l’établissement de les fixer et de les justifier. Pour les équipements en contact avec les aliments, la règle reste celle du règlement : une fréquence suffisante pour éviter tout risque de contamination. Pour les locaux, le règlement exige qu’ils soient propres et en bon état d’entretien.

Dans une petite cuisine sans séparation des zones, le nettoyage et la désinfection s’intercalent aussi entre deux étapes de préparation. C’est la marche en avant dans le temps.

Propreté des surfaces : les pratiques à éviter en cuisine

  • Le balayage à sec, qui remet les poussières en suspension.
  • Le lavage à grande eau, qui projette des gouttelettes sur les surfaces propres.
  • Les torchons partagés : l’essuyage se fait au papier à usage unique, et les ustensiles sèchent à l’air libre.
  • Le passage d’une zone sale à une zone propre avec la même lavette.

Ces gestes relèvent aussi de l’hygiène du milieu et du matériel, deux des 5M de l’analyse des dangers.

La preuve : émargement, contrôle et vérification

Ce qui n’est pas enregistré n’est pas démontrable. Lors d’un contrôle, service-public.fr liste parmi les documents à présenter les fiches datant les interventions de nettoyage, de désinfection et de dératisation, signées par le professionnel, ainsi que les fiches techniques des produits d’entretien. Une fiche d’émargement signée après chaque opération vaut mieux qu’un plan parfait dont rien n’atteste l’application.

La Commission européenne recommande aussi de vérifier la désinfection : par des contrôles visuels du nettoyage et par des prélèvements d’échantillons pour analyse.

Vous encadrez une brigade ? En restauration traditionnelle, rapide ou en cafétéria, au moins une personne de l’établissement doit avoir suivi une formation à l’hygiène alimentaire, sauf équivalence (diplôme ou expérience professionnelle). Consultez le programme de notre formation hygiène alimentaire de 14 heures, souvent appelée formation HACCP.

Par Mourad Mejri

Mis à jour le

Questions fréquentes

Textes de référence

5 textes cités

Les textes cités sur cette page, dans leur version officielle.

  1. Règlement (CE) n° 852/2004 du 29 avril 2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires

    Impose à tout exploitant du secteur alimentaire une démarche fondée sur les principes HACCP.

    EUR-Lex

  2. Règlement (UE) n° 528/2012 du 22 mai 2012 concernant la mise à disposition sur le marché et l’utilisation des produits biocides

    Soumet les désinfectants de surfaces en contact avec les denrées (type de produits 4) à autorisation, et encadre les allégations portées sur leur étiquette.

    EUR-Lex

  3. Fiches de description des dangers biologiques transmissibles par les aliments (Anses)

    Décrivent, danger par danger, la bactérie ou le virus en cause : réservoir, dose infectieuse, délai d’incubation, aliments impliqués.

    Anses

  4. Recommandations relatives aux conduites à tenir devant des gastro-entérites aiguës en établissement d’hébergement pour personnes âgées (HCSP, 29 janvier 2010)

    Décrit l’excrétion des norovirus — maximale du 1er au 3e jour des symptômes, prolongée après la guérison — et les mesures de maîtrise en collectivité.

    Haut Conseil de la santé publique

  5. Règles d’hygiène en restauration — fiche F32189 (Service-public.fr, entreprendre)

    Récapitule, pour un exploitant, les obligations d’hygiène et les documents à présenter lors d’un contrôle sanitaire.

    Service-public.fr